Calella, station balnéaire à 60 km au Sud Nord de Barcelone était le rendez-vous pour mon deuxième objectif de l’année. Après ma désillusion à Nice, il m’a été assez difficile de reprendre le chemin de l’entraînement. C’est avec le minimum syndical d’entraînement (10h/semaine durant l'été) et de motivation que je décidais (malgré une blessure au dos de plusieurs jours) de prendre le départ de mon 9ème triathlon distance Ironman.

C’est le D-Day et tout démarre sous de mauvais hospices : juste après le réveil, je fais un petit malaise vagal dans la douche (ouffff mon infirmière personnelle n'est pas loin) et au moment de partir avec Dam’s pour nous rendre sur le site du départ, de gros orages font leur apparition. Il pleut des cordes. Nous nous rendons au parc à vélo afin de préparer les dernières affaires (gonflage, nutrition dans les sacs, bidons), tout le monde est cantonné sous une tente sans électricité, puis le courant revient au bout de 20' mais les orages sont toujours présents.

L’organisation décide finalement de maintenir la course sur la distance prévue (3.8/180/42) mais retarde le départ de 30’. Quelques coups de bras avec Dam’s dans une mer très agréable à 20°C (un peu plus après notre passage).

Départ à 9h17, je me place en première ligne, les arbitres s’écartent et tout le monde (ou presque) se jette à l’eau, mais la corne de brume n’a pas retenti, faux départ, on doit faire demi-tour alors que l'on a parcouru 25/30 mètres. Alors que je ne suis pas entièrement ressorti de l’eau que le départ est donné pour de bon, je me retourne et nage comme un malade pour éviter qu’on me grimpe dessus. La première bouée est bien visible, pas de baston, l'eau est super claire : c’est top !! Au bout de 200 m environ, on commence déjà à voir des bonnets blancs (parti 3’ avant), les retardataires font du quasi sur place, j’ai l’impression d’être un hors-bord !! ;-)

La natation se déroule pas trop mal, je n’arrive pas à garder des pieds trop longtemps mais je nage proprement sans trop forcer en essayant de prendre la meilleure trajectoire possible. La ligne droite de 2350 mètres est un peu longue mais le décor est sympa, d’un côté le large et de l’autre la côte, les bonnets de toutes les couleurs des attardées se font de plus en plus nombreux, le slalom est parfois un peu pénible mais je ne pense pas avoir perdu trop de temps.

Je sors de l’eau en 57’56, comme d’habitude j’ai un mal de chien à retirer le haut de ma combinaison et à faire passer la 910XT (il me semble que la 920XT est moins épaisse !! ^^). Une longue transition m’attends : j’essaye d’enlever intégralement la combinaison mais la puce m’en empêche puis j’enfile un maillot de vélo, récupère mes 4 barres + 1 mini sandwich jambon/beurre, mon casque, ma ceinture porte-dossard, j’enfile mes chaussures de vélo (que j’avais juger inutile de mettre sur le vélo étant donné la pluie battante qui tombait), je rejoins le parc à vélo en essayant de trouver mon emplacement, je me trompe de rangée, je suis un peu perdu, je sors du parc à vélo et monte sur ce dernier : bilan 5’25 !!!

Le début du parcours vélo se situe dans le centre ville, sur une voie qui longe une ligne de chemin de fer, des dos d’ânes sont là tous les 50 mètres, la route est trempée et dangereuse. Je ne m’affole pas en essayant de bien anticiper les dangers, beaucoup de monde me double, quelques concurrents sont par terre, les bandes blanches ont fait quelques dégâts.

J’arrive maintenant sur la route principale, le revêtement est top : un vrai billard, le parcours est composé de deux tours de 72 km et d’un tour de 30 km et des 2 portions en ville de 3 km chacune, le parcours ne présente aucune difficulté majeure, seul le vent pourrait être dérangeant. Je commence à me mettre dans l’allure prévue, la cible est de 220 watts (NP), encore une fois beaucoup de gens me doublent mais pas d’affolement, la journée est encore longue. Je double Lagouve qui était parti 3’ après moi (il a donc nagé plus vite mais a surtout bien transitionné), on s’encourage mutuellement puis c’est la fusée Anto qui passe comme un missile sol-air.

Il y a du monde sur le parcours mais j’ai comme l’impression que tout le monde roule propre (du moins au départ), je m’alimente comme prévu, 1 gorgée d’iso toutes les 10’, 1 bouchée de barres toutes les 20’ et 1 blocks toutes les 30’. Au bout d’une heure, 1 bidon est vide, il ne va pas falloir louper le prochain ravitaillement.

Je croise au bout d’un peu plus de 2h de course les premiers en sens inverse, environ 8/10 unités en file indienne, à environ 5 mètres les uns des autres puis ceux qui n’ont pas eu "la chance" de nager aussi vite se retrouvent seul à rouler. Je vois un premier gros pack d’AG par la suite, puis un second assez conséquent, certains sont roues dans roues.

Un groupe me dépasse, je reste entre 7 et 10 mètres derrière, l’allure devient irrégulière, je passe devant pendant quelques instants puis les gars me repassent… Xavier me double et m’encourage, il envoie un peu du saucisson, certains essayent de prendre sa roue mais il roule trop vite ! ;-)

Le parcours très roulant, le nombre de concurrents, la densité, l’absence de difficulté mais surtout le manque de fair-play implique beaucoup de drafting sur cette course, en maintenant une distance réglementaire avec celui qui me précède, j'ai systématiquement un athlète qui fera l'effort de doubler et de se mettre dans le "trou". Les arbitres sont bien présents mais sur les 180 km, je ne les ai vu que 4 ou 5 fois.

 

8

 

Vu comment les choses se présentaient j’ai essayé de respecter les règles du mieux que je pouvais et à aucun moment je n’étais dans la roue d’un concurrent. Certains n’attendaient qu’une seule chose : être emmenés sur 180 km. Il n'y a que lors des ravitaillements ou sur les 2-3 faux plats montant que les groupes cassaient.

Au km 120 environ, je commence à ne plus trop apprécier les barres (Cliffbar cacahuètes et Powerbar chocolat), je décide de goûter à mon sandwich maison et ça me fait un bien fou. Le compteur indique 224 watts de moyenne en NP, ce qui veut dire que je suis dans les clous. La dernière demi-heure du parcours est réalisée totalement en solitaire, personne devant et personne derrière, j’ai hâte de poser le vélo pour attaquer le marathon et voir l’état de mes jambes.

Je boucle le vélo en 4h50, 221 watts de moyenne, 130 pulses. Je ne vais pas m’extasier de ce chrono car il est évident qu’être une bonne partie du temps entre 7 et 10 mètres derrière un groupe (en profitant de l’aspiration générée par des cyclistes) alors que rouler tout seul n’aurait pas rendu le même résultat. Plutôt que de m’énerver, j’ai su garder mes forces pour ne pas tomber dans certaines erreurs du passé qui m’aurait sorti de la course, j'estime avoir rouler le plus propre possible mais je garde les pieds sur terre.

La seconde transition est bien meilleure que la première, chaussettes, casquette et running et gooooo sur le marathon. La grosse erreur de Nice est dans mes pensées, je pars doucement, la montre annonce malgré tout entre 12.5 et 13 km/h, une pause pipi au km 1.7 va me faire descendre la moyenne. Beaucoup de gens me dépassent pendant tout le premier tour, je reste concentré, les pulses oscillent entre 135 et 140, j’essaye de courir le plus relâché possible.

Je me dis que si je cours en 4h le sub10 est jouable mais il ne va pas falloir s'endormir, je pense à toutes ces courses où l’objectif était si proche (Roth en 2011 avec 7’ de trop et Francfort l’an dernier, avec un «échec» à moins de 3’), à ce moment les larmes montent mais je m’empêche de pleurer et veut faire sortir cette émotion sur la ligne d’arrivée.

Le premier tour est bouclé en mettant les freins à disques ventilés, tout se passe bien, certains ravitaillements sont un peu éloignés mais je procède toujours de la même façon, j’attrape une bouteille d’eau puis un verre d’iso que je vide sur le champ, je prends ensuite une bouteille de Cola que je verse un peu dans le verre puis je rince ma bouche à l’eau, rien d’autres. Je passe le semi-marathon en 1h45 sans avoir marché un seul mètre,  je suis assez régulier. Le troisième tour est dur, ma vitesse de croisière diminue assez fortement, je commence à marcher un peu au ravitaillement. Une seconde pause pipi (plus longue que la première) au 31ème kilomètre et une reprise un peu difficile va me faire perdre 1 à 2 minutes.

 

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Malgré une moyenne qui baisse inexorablement, je me dis que c’est aujourd’hui ou jamais, que je dois passer cette barre symbolique des 10h, parce que j’en ai le potentiel et parce que ça va me permettre de passer un cap mentalement pour les futurs courses. Le dernier tour est un peu pénible, ma foulée s’est beaucoup détériorée, je m'arrête maintenant à chaque ravitaillement mais je repars quasiment tout de suite. Je relance la machine vers le 39ème, 3 km to go !!!

Je sais que je vais le faire maintenant, j’allonge un peu plus la foulée, je prends une dernière bouteille d’eau pour m'asperger. Je me sens pousser des ailes, j’accélère, j’essaye de savourer. Au 41ème kilomètre, je jette un oeil sur la Garmin pour voir le temps total, 9h33 et 2 km à parcourir : c’est bon mon coco !!

Je prends un gros kiffe sur les 30 derniers mètres, les tribunes sont pleines (enfin je crois), je n’arrive pas à voir si ma femme et mes amis sont là, je passe sous l’arche : YOU ARE AN IRONMAN !!

9h42 !!! I dit it !!! ;-)

276ème (58ème 35-39) sur environ 2000 finishers.

Pour le prochain, il faudra absolument descendre ce chrono marathon de 3h46 assez moyen. Maintenant que l'objectif du chrono final est réalisé, il faudra débrancher le cerveau, lâcher les chevaux et prendre des risques... ;-)