La préparation pour ce 7ème Ironman à Francfort s’est dans l’ensemble plutôt bien passé, quelques petites blessures mais rien qui n’a pu mettre en déroute l’excellent travail concocté par mon coach. Le temps hivernal jusqu’au mois d’avril ne m’a pas permis de faire un volume équivalent aux années précédentes mais tous les indicateurs étaient favorables pour me dire que j’étais en forme et bien prêt.

Quelques chiffres depuis le 1er janvier 2013 : 142 km de natation (46 h + 15h de renforcement), 3 650 km de vélo (123 h + 20h de HT) et 930 km de course à pied (78 h) soit 10h30 en moyenne par semaine.

L’objectif chronométrique était clair : moins de 10h (sub10) avec : 1h en natation, 4’ pour T1, 5h05 à vélo, 3’ pour T2 et 3h30 sur le marathon.

La natation se passe dans une eau claire, limpide à 20°C, avec une sortie à l’australienne au bout de 2100 m. Le vélo est constitué d’une liaison jusqu’à Francfort de 17 km puis de 2 tours de 82 km, le parcours est roulant mais le vent, le revêtement (pas uniformément lisse comme à Roth par exemple) et les nombreux changements de direction rende le parcours un peu exigeant. La course à pied en ville, sur le bitume est très roulante, 4 tours de 10.5 km avec un léger vent favorable à certains endroits, quelques ponts à monter.

Réveil 4h du matin, petit déjeuner, douche, préparation des bidons et hop à 5h on décolle direction le plan d’eau ! En 15’ on est tout proche du site mais un barrage nous empêche de nous approcher, on nous demande de prendre une autre route pour rejoindre le départ. Sauf qu’à 5h45 nous sommes toujours dans la voiture, impossible de trouver cette put$ùe de route. On aperçoit des navettes, on essayer de monter dedans mais le chauffeur refuse d’ouvrir la porte alors qu’il est à l’arrêt : conn#ù^$ !! 5’ plus tard, une seconde navette (avec à l’intérieur Pete Jacobs) approche et nous pouvons monter : oufffffffffff !!!

Plus trop de questions à se poser il doit rester 35’ pour gonfler les boyaux, coller les barres énergétiques sur le vélo, vérifier que le sac bike est bien à sa place avec ce qu’il faut à l’intérieur, faire un dernier popo, enfiler la combinaison et s’échauffer.

Je me dirige vers la plage, il reste 10’ avant le départ et qui je vois ?!?! Reno, mon coach !! Il a fait le déplacement pour Nathalie et moi : énaurme surprise !!!

Le départ est donné (la première vague avec 350 GA et les pros sont partis 15’ avant), je ne suis pas trop mal placé mais mon manque d’échauffement fait que j’ai les bras déjà bien chargés. Sur les 100 premiers mètres, pas un seul coup et puis quand tout le monde converge vers la même direction c’est la bagarre (en même temps nous sommes plus de 2600). De mémoire c’est la première fois que je prends autant de coups aussi longtemps. La première bouée avec le soleil en plein dans la tronche est un pur régal, je suis le troupeau je vois que dalle ! Après encore une longue ligne droite, la terre ferme, sortie à l’hawaïenne, un coup d’œil à ma montre (pensant qu’on était à mi-course j’ai cru être en dehors des clous) 30’33. Toujours pas mal de monde et une certaine difficulté à trouver des pieds, je trouve le temps un peu long, heureusement la bouée du demi-tour approche. Un dernier effort pour atteindre la terre ferme et y rester. Un coup d’œil à ma montre, c’est bon je vais sortir en moins d’1h : chrono officiel : 57’41 (285ème).

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Ici, la première transition est longue, en sortant de l’eau il faut monter la butte de sable puis trouver et prendre son sac et ensuite rejoindre la tente pour se changer. Je prends mon temps et m’assois à côté du Mac, je lui souhaite une bonne course. 5’35 c’est lent mais j’ai pris la peine de mettre les chaussures de vélo sous la tente.

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C’est parti pour le vélo où je pensais pouvoir rouler plus vite jusqu’à Francfort mais le vent quasi de face rendait la tâche difficile. Malgré tout je double du monde, je suis un peu au dessous de ma puissance visée mais pas trop quand même, je mange tout de suite et m’hydrate. Avant d’arriver sur Francfort (km15/16 environ) j’ai déjà mal aux cuisses. En ville, il faut faire attention où mettre les roues, déformation, plaques d’égouts, rajout de goudron, trous… La première « difficulté » approche et c’est sans soucis que je gère (au capteur) sur le petit plateau (42x25), je me remets sur les rajoutes avant d’aborder les fameuses parties pavées. Je crains un peu pour le matériel à vrai dire car certaines modifications ont été effectuées deux jours auparavant. Finalement mes bidons ne tombent pas, le boyau de secours non plus, le compteur reste sur le vélo : oufffffffff !! Ces 200 mètres de pavés mettent à rude épreuve le matériel, au deuxième passage, je m’apercevrais que mon shifter gauche au niveau de l’extension s’est dévissé, le repose bras gauche légèrement abaissée et les vis d’un de mes porte bidon sont desserrées.

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Ce parcours qui ne représente que peu de difficultés reste relativement dur car il faut toujours être en prise. Vers le km50 environ, c’est un paquet de 15/20 athlètes qui me doublent, ils seront un peu disloquer grâce à une moto arbitre, les zones de prison sont d’ailleurs bien remplies à certains endroits. Je reste bien concentré sur la puissance à respecter, je suis à un peu moins de 230w de moyenne c’est parfait.

La plus longue pente à monter approche, c’est une sorte de petit Solarberg, il y a du monde mais moins qu’à Roth, néanmoins ça fait plaisir. Le retour sur Francfort avec du faux plat descendant est très agréable, ça roule vite.

A partir du km97, on entame le second tour, le vent s’est renforcé mais je me sens mieux, je double d’ailleurs du monde. Certains semblent être scotchés et n’ont plus la force de rester sur les prolongateurs. Au km145, j’encourage Le Mac qui a l’air de souffrir un peu…

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10 kilomètres plus loin c’est à moi de souffrir, des brûlures au niveau de la voute plantaire, notamment sous le pied droit font leur apparition, c’est tellement insupportable qu’au bout d’un moment que je suis obligé de desserrer la chaussure, j’irais même jusqu’à asperger mon pied avec de l’eau.

La fin approche, le temps que je m’étais fixé sera à quelques secondes près le temps réel : 5h05’39 (251ème), 222 watts de moyenne (241 de NP) pour 129 pulses. A la descente du vélo les pieds brûlent lorsqu’ils touchent le sol. J’attrape mon sac run rapidement puis fonce vers la tente. 2’34 de transition : lunettes, casquette, gels, je fais l’impasse sur les manchons de compression.

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Je démarre et les jambes sont ok, je ne suis pas trop mal, ça mets en confiance pour la suite. En jetant un œil sur ma Garmin, le GPS ne fonctionne pas, j’ai bien le chrono, les pulses mais pas de vitesse (ni de distance). Dans un premier temps, je me dis que je vais faire sans et puis je me ravise quelques centaines de mètres plus loin, je fais un reset puis éteins la montre. Je la rallume et je lance le chrono, au bout d’une minute elle capte les satellites : yeahh !!

Je vois le premier ravitaillement et je me dis que c’est le bon moment pour faire une pause pipi aux WC mais les deux sont occupés. J’en profite pour me ravitailler copieusement : eau, coca, eau…. Les spectateurs sont nombreux c’est vraiment sympa, j’aperçois Nick qui « me tends la perche » et m’encourage. Le prochain ravitaillement est en vue, je m’arrête aux toilettes, puis me ravitaille encore copieusement eau, coca, eau. L’allure est comprise entre 4’28 et 5’22 jusqu’au 14ème kilomètre puis les choses se gâtent, je commence à avoir mal au ventre (comme à Roth en 2005, comme à Nice en 2008, comme à Roth en 2010, en 2011…).

Des crampes d’estomac apparaissent maintenant, c’est à ce moment que Le Mac me double à pied et j’en profite pour… marcher. Oui, à cet instant je suis faible dans ma tête mais la douleur est insupportable en courant. J’essaye de repartir après avoir marché sur 100 mètres mais ça ne veut pas, je vais chercher ce chouchou signe de deuxième tour et je passe devant les stands et refait le plein (de liquide) puis je retente à nouveau de courir mais sans résultat. Je cherche un endroit calme pour faire une pause woua woua. 3/4 minutes plus tard, j’essaye de repartir mais ça ne veut toujours pas.

A l’approche de la fin du deuxième tour (km 21 environ) je croise mon coach et je lui raconte un peu la situation : crampes d’estomac, impossible de courir, je vais terminer en marchant. Je l’entends alors me crier : « Arrête de boire, arroses toi uniquement !! Cela va revenir, t’en fais pas !! »

Et 10’ plus tard, le mal de ventre a disparu, oui c’est un truc de fouuu !! Je cours à nouveau et je me sens bien musculairement. Je vais faire un tour en prenant soin de marcher à chaque ravitaillement afin de bien m’arroser, de prendre de l’eau en bouche puis de recracher, éponges à gogo en évitant le ventre et les pieds.

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Je ferais quasi 1 tour et demi sans m’hydrater avant que dans le dernier tour, je prenne une mini gorgée de coca qui me provoquera une nouvelle fois des douleurs au ventre mais cette fois-ci je ne marcherait pas.

N’ayant plus trop de repères (chrono à mon montre erroné dû au dysfonctionnement du GPS en début de marathon) et surtout moins lucide à cause de la fatigue, je termine les deux derniers kilomètres aussi vite que je le puisse pensant que le sub10 allait se jouer à pas grand chose… mais en me retournant après avoir passé l’arche d’arrivée je m’aperçois qu’il y a 2’44 de trop, c’est à la fois énorme et peu.

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Un marathon en 3h51'13 (avec ces 4 kilomètres en 32’) m’ont coûté le sub10 et l’objectif fixé, je suis assez déçu puis relativise après coup. J’espère que cette course me servira de leçon et de base pour les prochains IM car je ne compte pas en rester là.

10h02’44, 378ème sur 3015 finishers, 68ème de mon GA.